SE FOCALISER SUR LE DÉVELOPPEMENT POUR UNE PROSPÉRITÉ PARTAGÉE

2015/07/03

SE FOCALISER SUR LE DÉVELOPPEMENT POUR UNE PROSPÉRITÉ PARTAGÉE

--Discours du Premier Ministre du Conseil des Affaires d'État Li Keqiang au siège de l'Organisation de coopération et de développement économiques

(Paris, 1er juillet 2015)

Monsieur le Secrétaire général Angel Gurría,
Mesdames et Messieurs,

Dans le discours chaleureux qu'il vient de prononcer, le Secrétaire général Angel Gurría a rappelé les 20 ans de dialogue sur les politiques entre la Chine et l'OCDE. Pour la Chine, le plus grand pays en développement peuplé de 1,3 milliard d'habitants, le développement est toujours la première priorité depuis le lancement de la politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur il y a plus de 30 ans. Au niveau international, la prospérité ou le progrès de la civilisation dépend du règlement des divers problèmes comme la pauvreté et les maladies, et en fin de compte, du développement. Dans une économie mondiale profondément intégrée, la solution repose sur la coopération internationale.

Depuis de longues années, la Chine, partant de ses conditions nationales, a déployé de durs efforts pour promouvoir le développement en s'inspirant des expériences internationales. La politique de réforme et d'ouverture a permis à la Chine de remporter des succès remarquables et remarqués en matière de développement socio-économique. Et aujourd'hui, certains amis étrangers demandent s'il est temps de ne plus considérer la Chine comme un pays en développement, maintenant qu'elle est bien développée. Certes, la Chine, le plus grand pays en développement, est devenue la deuxième économie du monde, mais son PIB par habitant n'est que de 7 589 dollars US, soit 65% de la moyenne mondiale, 1/7 de celui des États-Unis et 1/5 de celui de l'UE, ce qui la place au 80e rang dans le classement mondial. Il existe toujours un écart assez important entre la Chine et les pays développés en termes de niveau de développement global, notamment concernant les capacités d'innovation, la productivité et le bien-être social. La Chine est même derrière d'autres pays en développement à en juger par certains indicateurs. Prenons l'exemple de l'indice de développement humain de l'ONU, la Chine se classe au 91e rang du monde. Par ailleurs, le développement de la Chine reste déséquilibré entre les zones urbaines et rurales et entre les différentes régions. Les grandes villes comme Beijing et Shanghai sont modernes. Cependant, au centre et à l'ouest, notamment dans les villages reculés, les conditions de logement, de transport, d'éducation et de soins médicaux sont déplorables, et certains villages n'ont même pas accès à l'eau potable. Depuis le lancement de la réforme et de l'ouverture, 600 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. La Chine a certes remporté un succès remarquable et a été le premier à atteindre la cible OMD d'une réduction de moitié de la population pauvre. Pourtant, la tâche demeure toujours peu aisée dans ce domaine. Aujourd'hui, en ville comme à la campagne, on compte 74 millions de personnes vivant du minimum vital, 85 millions de handicapés, et encore plus de 70 millions de personnes pauvres dans les régions rurales selon le critère national. D'après le critère de la Banque mondiale, la Chine compte encore une population pauvre d'à peu près 200 millions de personnes, soit la somme des populations française, allemande et britannique. En mars dernier, l'OCDE a publié le rapport Tous à bord: rendre la croissance inclusive possible en Chine. Des chiffres et conclusions dans ce rapport sont bien convaincants et correspondent aux analyses des universitaires chinois. Réaliser la modernisation dans un pays peuplé de plus d'un milliard d'habitants est sans précédent dans l'histoire de l'humanité et sera une mission de longue haleine. Parfaitement conscients des défis que nous affrontons, nous sommes fermement déterminés à nous efforcer d'atteindre au milieu de ce siècle le niveau d'un pays moyennement développé.

Mesdames et Messieurs,

Sept ans après l'éclatement de la crise financière internationale, l'économie mondiale connaît une reprise difficile et l'avenir demeure encore incertain. Récemment, l'OCDE et d'autres institutions internationales ont revu à la baisse leurs prévisions de la croissance mondiale. Comment stabiliser l'économie, accroître l'emploi et promouvoir le développement durable ? Voilà un défi commun devant nous. J'aimerais vous livrer mes quelques réflexions sur ce sujet.

Premièrement, préserver un environnement propice au développement pacifique. La paix mondiale est la garantie la plus importante du développement. Sans la paix, rien n'est possible. Cette année marque le 70e anniversaire de l'ONU et de la fin de la guerre mondiale antifasciste. C'est grâce à un environnement pacifique dans son ensemble au cours des 70 ans écoulés que le monde a connu un développement et une prospérité sans précédent. Nous avons donc à chérir la victoire acquise au prix de grands efforts, à défendre indéfectiblement les buts et principes de la Charte des Nations Unies et à préserver fermement l'ordre et le système internationaux d'après-guerre centrés sur l'ONU. Aujourd'hui, dans un monde de plus en plus globalisé, les pays du monde voient leurs intérêts s'entrecroiser davantage et leur interdépendance s'accroître. Cependant, notre planète est loin d'être tranquille. Les dossiers brûlants et les conflits régionaux se multiplient. Nous estimons que les parties concernées doivent y répondre par la coopération pacifique, le dialogue et les négociations. La communauté internationale, quant à elle, doit respecter la volonté des peuples et des pays concernés et créer un climat favorable à l'unité et à la réconciliation. La culture chinoise préconise depuis l'antiquité la paix et la vertu, et ne se permet pas de malmener les autres ni d'imposer sa volonté aux autres. La Chine a été, est et sera toujours un défenseur et un acteur fermes de la paix mondiale et de l'ordre international. Elle préservera inébranlablement sa souveraineté territoriale et ses intérêts vitaux et prône la création de mécanismes de coopération régionale, pour que nous puissions vivre dans un monde de paix et de stabilité.

Deuxièmement, accélérer la réforme structurelle. Comme le démontre l'expérience du passé, la crise engendre souvent les opportunités de réforme. Ces dernières années, les divers pays du monde, après avoir tiré des leçons de la crise financière internationale, travaillent tous à faire avancer énergiquement les réformes structurelles. C'est un passage obligé pour faire face aux pressions baissières sur l'économie mondiale. Dans le même temps, les nouvelles technologies telles que Internet, les mégadonnées, et l'impression 3D se vulgarisent rapidement, ce qui a donné un nouvel élan à la reprise de l'économie mondiale.

D'après moi, ce qui est le plus important dans une réforme structurelle, c'est de susciter l'initiative et la créativité des gens pour maintenir le dynamisme et la vigueur de la croissance. Chacun a sa force d'imagination et de création. Les Chinois disent : « L'union des cœurs peut déplacer le Mont Taishan », et les Occidentaux, « Deux cerveaux valent mieux qu'un ». Imaginez si chacun des sept milliards d'habitants dans le monde déploie pleinement son talent, tout miracle deviendra possible. Nous devons suivre la tendance de notre époque et engager des réformes structurelles pour lever les obstacles institutionnels et structurels à la créativité de l'homme. Cela permet non seulement de stimuler la vitalité du marché et la créativité de la société, mais également de favoriser une répartition équitable et de promouvoir une croissance inclusive.

Le gouvernement chinois encourage ces dernières années la démocratisation de l'entrepreneuriat et de l'innovation, pour mettre pleinement en valeur la sagesse de 1,3 milliard de Chinois, notamment de la population active de 900 millions, ainsi que le potentiel de plus de 70 millions d'acteurs du marché, notamment de plus de 19 millions d'entreprises, afin d'accomplir de grandes réalisations grâce à la sagesse collective. J'aimerais saisir cette occasion pour partager avec vous quelques success stories que j'ai vues. En mai dernier, à Zhongguancun, à Beijing, j'ai visité une plate-forme d'entrepreneuriat 3Wcafé où des jeunes ambitieux transforment leurs bonnes idées en bonnes affaires et réalisent le rêve de créer leurs propres entreprises. Les grandes entreprises peuvent aussi faire de même. Le groupe Haier, par exemple, a reconverti sa structure de gestion hiérarchique traditionnelle en un nouveau type de plate-forme d'entrepreneuriat et d'innovation pour faire de ses employés des innovateurs, et y engendrer des idées ingénieuses qui sont ensuite exploitées par le groupe Haier lui-même ou en collaboration avec d'autres entreprises. Le groupe est ainsi devenu un grand pôle des ressources d'innovation. Cette plate-forme a fait naître plus de 2 000 petites et très petites entreprises, lancé plus de 1 000 produits novateurs et projets d'entreprise, attiré plus de 1 300 fonds de placement à risques et créé plus d'un million d'emplois. Je pense à un autre exemple. La technologie Hualong One de China National Nuclear Corporation a été mise au point en s'appuyant sur Internet en coopération avec une vingtaine d'institutions de recherche sur plus de 500 terminaux. Tous ces exemples montrent que l'humanité dispose de grandes potentialités pour entreprendre et innover.

Pour promouvoir l'entrepreneuriat et l'innovation, le gouvernement chinois s'applique à simplifier l'administration, à décentraliser les pouvoirs, à assurer une régulation efficace et à proposer de meilleurs services. Le nombre de nouveaux acteurs du marché a connu une croissance exponentielle, avec en moyenne 10 000 entreprises enregistrées par jour sur les cinq premiers mois de cette année. Ces petites ou très petites entreprises et entreprises de service contribuent considérablement à la création d'emplois. Malgré le ralentissement de l'économie, l'emploi s'accroît et celui des jeunes progresse de manière régulière grâce notamment à la réforme et à l'innovation. L'entrepreneuriat et l'innovation n'ont pas de frontières. Nous entendons renforcer les échanges et la coopération avec les autres pays du monde, mener des projets de recherches conjointes sur les technologies clés et éliminer les barrières en matière de transfert technologique, afin de créer sans cesse de nouvelles sources de développement économique.

Troisièmement, développer une coopération internationale sur les capacités de production. Après l'éclatement de la crise financière internationale, certains pays ont adopté une politique monétaire d'assouplissement quantitatif qui était nécessaire pour éviter la récession. Mais, pour réaliser une reprise forte de l'économie mondiale, il faut prendre une approche globale pour soutenir l'économie réelle. Et il est particulièrement important de promouvoir la coopération internationale sur les capacités de production. Dans le monde d'aujourd'hui, près de six milliards de personnes vivent dans les pays en développement, dont beaucoup se trouvent encore à la première phase de l'industrialisation. Ils ont pour mission de réaliser la croissance et d'éliminer la pauvreté, et ont donc une grande demande en infrastructures et en équipements. Cependant, faute de moyens financiers, ces pays ont du mal à s'offrir des équipements haut de gamme. La Chine, quant à elle, est entrée dans la phase intermédiaire de l'industrialisation. Dotée d'une taille économique très importante, elle est le premier producteur au monde de plus de 200 produits industriels et se trouve au milieu de la chaîne industrielle internationale quant aux équipements qu'elle produit d'un bon rapport qualité-prix. S'agissant des pays développés, ils se trouvent dans la phase avancée de l'industrialisation ou dans une période post-industrielle. Ils travaillent à la réindustrialisation et possèdent des équipements et des technologies haut de gamme. La Chine entend mettre ses équipements au service des besoins des autres pays en développement et en baisser les prix d'achat pour favoriser leur développement industriel. Dans le même temps, elle souhaite engager des coopérations avec les pays développés, que ce soit sous forme de joint-venture ou de partenariat, pour acheter chez eux des technologies clés, des pièces composantes importantes et des équipements économes en énergie et respectueux de l'environnement, afin de fournir aux pays en développement des produits de bonne qualité mais bon marché, d'économiser davantage d'énergie et de mieux protéger l'environnement. Lors de ma récente tournée en Amérique latine, j'ai visité un ferry fabriqué par la Chine dont le système de motorisation est fourni par un pays développé. Ce n'est pas un moteur diesel, mais un groupe électrogène diesel, donc, un système sans pollution.

Nous préconisons une coopération internationale ouverte sur les capacités de production. Avec l'utilisation des technologies et équipements avancés des pays développés, la production et l'assemblage sur place dans les pays en développement, ainsi que la collaboration avec les institutions financières internationales pour financer les projets, cette coopération permet donc de proposer au marché mondial des équipements et des capacités de production de qualité mais bon marché ainsi que des services financiers sûrs. Lors de ma présente visite en France, les deux parties ont signé un accord de coopération sur leurs partenariats en marchés tiers, ce qui permet d'associer les capacités de production de la Chine avec les technologies de la France et des autres pays développés pour favoriser ensemble la construction des infrastructures, l'industrialisation, le développement et la réduction de la pauvreté dans les nombreux pays en développement. Ainsi, nous pouvons aider les pays en développement à élever le niveau de leur industrialisation, favoriser la montée en gamme de l'industrie chinoise et promouvoir l'exportation des technologies clés et des produits créatifs des pays développés. Ce sera une coopération gagnant-gagnant pour les trois parties. C'est également une nouvelle approche importante de la coopération Sud-Sud et de la coopération Nord-Sud, et surtout un moyen efficace pour parer aux pressions baissières sur l'économie mondiale par le développement de l'économie réelle. Nous pouvons associer la coopération financière avec le développement de l'économie réelle, le soutien en capital avec le commerce de biens d'investissement, afin de contribuer à l'industrialisation des pays en développement et à la réindustrialisation des pays développés.

Dans le deuxième semestre de cette année, l'ONU organisera le Sommet sur le développement, la Conférence sur les changements climatiques et la 3e Conférence internationale sur le financement du développement. Les pays développés doivent honorer leurs engagements en matière d'aide publique au développement, accroître leur soutien aux pays en développement, notamment aux PMA africains, et redoubler d'efforts pour annuler et réduire les dettes des pays en développement et leur ouvrir davantage le marché. La Chine entend travailler ensemble avec les différentes parties pour contribuer à l'élaboration d'un programme de développement pour l'après-2015 qui soit équitable, inclusif et durable. Dans la lutte contre les changements climatiques, nous avons déjà précisé les actions déterminées au niveau national et les politiques à prendre d'ici 2030, et nous entendons travailler ensemble avec les autres pays pour faire aboutir la Conférence Paris Climat à un nouvel accord comme prévu.

Mesdames et Messieurs,

Vous suivez de très près l'évolution de l'économie chinoise. Je voudrais vous dire que depuis le début de cette année, l'économie chinoise connaît dans son ensemble un développement régulier et stable. Au premier trimestre, le PIB chinois s'est accru de 7%. Et pour les mois de mai et de juin, les principaux indicateurs d'industrie, d'investissement, de consommation et d'exportation se stabilisent et s'améliorent, et la confiance du marché se renforce. La restructuration s'accélère, le secteur tertiaire représente plus de la moitié de l'économie nationale, et de nouveaux produits, activités et modes commerciaux apparaissent en grande quantité. Pour les cinq premiers mois de cette année, la vente en détail en ligne a augmenté de 38,5%, et en mai, la production d'automobiles à énergie nouvelle et de robots industriels a été multipliée respectivement par 2,8 et 1,3 sur la base annuelle. Ces belles performances montrent que l'industrie chinoise accède à un niveau supérieur et est tirée par de nouveaux moteurs de croissance.

Bien entendu, l'économie chinoise fait toujours face à des pressions baissières avec l'accentuation des problèmes profonds. Mais ce ne sont que des « Growing Pains ». Nous allons assurer l'équilibre entre la croissance régulière et la restructuration, poursuivre une politique budgétaire de relance et une politique monétaire prudente, renforcer la régulation ciblée tout en maintenant le fonctionnement de l'économie dans des marges raisonnables et résister aux pressions baissières par l'approfondissement de la réforme et l'élargissement de l'ouverture, de sorte à maintenir la dynamique de la croissance à un taux moins élevé et à en accroître la quantité et la qualité. La Chine possède un vaste marché et dispose de nombreux outils de régulation. Nous avons les conditions et la confiance pour atteindre l'objectif économique prévu pour cette année, nous efforcer de maintenir une croissance moyennement rapide et orienter le développement vers le haut et moyen de gamme.

Mesdames et Messieurs,

La Chine a développé, en tant que pays en développement, des échanges et coopérations de diverses formes avec l'OCDE depuis l'instauration de leur dialogue sur les politiques il y a 20 ans. L'OCDE a apporté de nombreux conseils précieux pour le développement de la Chine, tandis que le développement de la Chine a permis à l'OCDE d'élargir des horizons dans ses recherches. Tout à l'heure, j'ai échangé avec le Secrétaire général Angel Gurría sur l'approfondissement de la coopération entre la Chine et l'OCDE. Les deux parties ont signé la Déclaration de vision à moyen terme et le Programme de travail conjoint 2015–2016, et précisé les domaines prioritaires et la feuille de route pour leur coopération. Je voudrais saisir cette occasion pour annoncer l'adhésion officielle d'une institution chinoise au Centre de développement de l'OCDE. L'année prochaine, nous accueillerons le Sommet du G20. Nous entendons échanger des vues avec les différentes parties pour promouvoir le développement, et nous serons heureux d'avoir un soutien agissant de l'OCDE.

Les Chinois soulignent depuis toujours l'importance de joindre l'action à la pensée. Que nous travaillions la main dans la main pour nous mettre à penser et à agir, avancer davantage de bonnes idées et prendre plus d'actions concrètes, de sorte à promouvoir le développement partagé au plus grand bénéfice de toute l'humanité.

Je vous remercie.

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